Evor et Delphine Deguislage

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Reef

Vernissage le jeudi 23 mai 2013

Exposition du 24 mai au 22 juin 2013

 

L’exposition Reef de Delphine Deguislage et Evor fait le récit d’un récif. De cette possibilité d’une île dont on ne sait si elle appartient à un inconnu monde antique sous-marin, à une mystérieuse planète extra-terrestre ou à un énigmatique univers futur non déterminé, les deux artistes présentent l’archéologie imaginaire d’une civilisation disparue ou à venir et reconstituent son histoire – ou du moins un récit de son histoire – sous des formes sculpturales.

Minéral, végétal, animal, le travail d’Evor sculpte la nature, en empruntant les processus d’évolution par l’agrégation, la sédimentation, la diversification, avec des « darwineries » qui convoquent ici des « déviances insulaires de la sculpture ». les œuvres ambiguës et délirantes d’Evor jouent sur l’équivoque des aberrations d’une nature qu’il rend paradoxale. des espèces métisses et excentriques surgissent comme unexpected rock (2013) qui, retord, offre une facette de décor réaliste de rocher de zoo peint de rouge, gratté, frotté, tandis qu’au détour de l’objet, « inattendue », une main noire nonchalante et maniériste reste à jamais figée dans le rocher. ou encore les pupes, tels les inquiétants cocons de larves d’insectes géants et aliens qui, nacrés, luisent sur les murs, prêts à éclore. les pupes émanent de souvenirs de muséums d’histoire naturelle et sont composées de la poussière de l’atelier de l’artiste, comme autant de précieuses traces mémorielles des mondes réinventés par l’art.

En céramique, les Karsts, à l’image de bris de roches sculptées par l’eau et le vent, comme sous l’effet d’une caresse aléatoire et involontaire, accidentelle et insidieuse, invoquent le monstrueux, le mutant dans un processus de « cristation » géologique qui provoque des formes chères à l’artiste.
Les Mascarades, masques de plumes de coq fouet noir, faisan vénéré et autre paon bleuté et doré, protégés de plexiglas telles les icônes inestimables d’un rituel énigmatique et fantastique, répondent à Faste et Orchid Clown (2013), sérigraphies de dessins numériques abstraits composés de paysages et d’une vanité combinée d’éléments minéral, végétal, animal.

Selon des modalités de production artisanale qu’elle explore de façon expérimentale en toute autonomie, Delphine Deguislage déploie un arsenal d’éléments sculpturaux, indépendants et/ou assemblés à sa guise. Là, elle installe un meuble noir aux lignes constructivistes abstraites, à taille humaine, composé d’étagères structurellement décalées, non fonctionnelles et sans usage prédéterminé. Ailleurs, dispersés à hauteur d’yeux, des moulages de membres en béton ou plâtre : pied, main, avant-bras, genou… Telles des études en plâtre du vivant, rejouent ici la question du réalisme anatomique de la sculpture classique, les porte-paroles sous couvert de leur aspect morbide révèlent des attitudes spécifiques et singulières du langage corporel humain, issu du sommeil, du rêve, de l’inconscient…

La matérialisation de la forme du corail comme de potentielles évocations de cerveaux contribue à sa recherche artisanale des matériaux. Là, une grotte anthracite marbrée d’environ un mètre cube, intensément lisse. Le matériau semble n’exister que pour lui-même, et dans la perspective d’offrir une perception émotionnelle de la sculpture telle une matrice, un ventre, un cocon.

Ruines d’une architecture, fragments d’un passé, éléments d’une construction à venir, la circulation autour de Building ruin convie à expérimenter l’indétermination des objets et la mutation des matériaux. Constituées d’octogones en plâtre, ciment et pigments de couleurs variées, dans un esprit de jeu sur les couleurs urbaines et architecturales – pastel et rouille, ocre et gris neutre, rose pâle et bleu délavé… – ces matières offrent, dans cette alternance constituée, les échantillons d’une étude de tous les aspects des matériaux de l’urbanité: granuleux, patiné, lisse, rugueux, strié, irrégulier…

Ainsi la collection composite d’Evor et de Delphine Deguislage s’installe dans le décor de l’hôtel particulier de la galerie ; fictive et fantasmée, de découverte en révélation, elle envisage l’évocation d’un monde inquiétant, où la nature et le vivant se confrontent à la présence de corps humains démembrés évoquant vie et mort, mythologie et vanités, histoire de l’art classique et fictions criminelles…

Maï Tran

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