Errances

 

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Franck Gérard / Rune Guneriussen / Eponine Momenceau / Jean-Claude Pondevie / Géraldine Py et Roberto Verde / le collectif bellavieza

Exposition collective du 8 décembre 2012 au 19 janvier 2013

 

Cette exposition a pour point de départ l’envie de présenter le travail de Franck Gérard à travers sa démarche artistique. Au fil de nos discussions, j’ai cherché à définir cet état d’éveil spécifique qu’implique l’errance, concept central dans l’approche photographique de Franck Gérard.

L’errance est, pour beaucoup de photographes, un impératif, une nécessité; besoin de s’extraire, de s’isoler d’un quotidien pour rester en éveil, conserver une acuité du regard.
L’exposition réunie plusieurs travaux photographiques, des vidéos, des installations qui font tous référence à cet état de conscience particulier.

Jean-Claude Pondevie dans sa quête du noir, de la lumière et de l’épure, révèle la solitude du photographe, non pas subie mais inhérente et essentielle à sa recherche.

Les installations de Géraldine Py et Roberto Verde, les Touffes, sont réalisées à partir de rebuts de productions : de la limaille de fer collectée dans leur atelier avec les poussières et particules qu’elle contenait. Nous sommes là encore témoins de cet état d’éveil particulier, des choses insignifiantes, vouées à disparaître sont ici révélées, sublimées.

Avec Song, Eponine Momenceau, nous invite à une errance visuelle et sonore. Plans fixes, travellings, variations du rythme de diffusion des images et du son, nous entraîne dans un univers irréel mais pourtant si proche et ordinaire.

La photographie de Rune Guneriussen nous transporte dans un songe, la vue se brouille, se perd au loin, nous sommes sur la route.

La projection du collectif bellavieza nous propose une déambulation au plus proche de l’intime dans différents travaux photographiques des trois photographes.

J’ai été invité à réfléchir pour cette exposition sur la notion d’errance par Mélanie Rio. De facto, ce concept est inhérent à mon travail que ce soit dans ma pratique « libre » ou celle, plus contrainte, de la commande. J’ai toujours suivi ma propre voie, emprunté mes propres chemins, même dans la vie. Une vision plus extrême dirait que nous sommes, en quelque sorte, tous condamnés à errer sur terre tout au long de notre vie, un peu à la manière du légendaire « Juif errant », qui ne peut perdre la vie car il a perdu la mort ou encore du « Cheva- lier errant ». Mais l’errance pourrait être aussi bien celle du chien ou de n’importe quel animal domestique ; pour moi, elle est avant tout mentale, comme pourrait la définir Raymond Depardon dans son livre si bien nommé, ou encore davantage Fernando Pessoa dans le Livre de l’intranquillité, un de mes livres de chevet.

Je suis un « boulimique du regard », toujours, depuis plus de treize ans aujourd’hui, accompagné d’un appareil photo. J’ai donc produit un nombre élevé d’images qui sont rassemblées sous le titre En l’état, 13 juillet 1999-Aujourd’hui. Ce travail, je l’ai fabriqué au quotidien, dans un souci délibéré de montrer « ce que je vois », simplement mais aussi méthodologiquement. J’ai sans cesse, dans ce corpus, réfléchi à l’errance, car les voies que nous empruntons sont régulièrement définies (Aller à l’école, faire des courses..), opposées à la notion de « promenade », mais j’ai fini par intégrer ce concept dans ma vie de tous les jours dans le sens où je ne suis jamais à l’abri, lorsque je suis sur ces routes, d’une dérive ; tourner à droite plutôt qu’à gauche, par exemple, car comme tout le monde la seule forme d’objectivité est la mienne, que je ne peux imposer à personne ; je suis toujours dans cet état d’être entre l’intérieur (la pensée) et l’extérieur (les sens) qui nous oblige à cette lecture du monde. Cet état est donc relié à une forme de stase mentale, on a beau bouger, errer, l’esprit reste où il est, « géographiquement parlant », même s’il peut justement « vagabonder », se laisser aller, et c’est le corps qui nous impose le mouvement, le déplacement. On pourrait dire que l’errance est donc liée au choix ou au non-choix de se mouvoir, ou autre chose car à vrai dire, définir cette idée métaphysique m’impose d’errer en moi mais aussi dans ce texte que j’écris à l’instant ; se perdre dans ses idées est très agréable, mais en psychiatrie la notion d’errance est liée à l’idée de ne plus pouvoir s’accrocher à ses pensées, d’errer dans son propre esprit. Est-ce que je pourrais dire que tout est hasard, sans but ? Que nous errons ? Non, bien sûr, mais je vous répondrais qu’il me semble parfois essentiel de laisser entrer ces notions dans sa vie, de quitter les sentiers balisés de la pensée, de parfois, faire fausse route volontairement. A la suite de ma discussion avec Mélanie Rio, j’ai donc choisi de montrer ces trois compositions qui sont des errances dans mon travail mais dans des lieux géographiques bien définis. J’ai inventé mes propres itinéraires poétiques à l’instar de la psychogéographie.

J’ai erré dans les bois, la montagne et les villes.

Franck Gérard.

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