Collapse, 30 ans d’Art Brussels

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galerie melanie Rio / COLLAPSE

Briac Leprêtre / Edgar Martins / Nicolas Milhé / Benoît-Marie Moriceau

 

Exposition à l’occasion d’Art Brussels 2012
dans une ancienne gaufrerie rue d’Ophem, 68 1000, Brussels
du 18 au 22 avril 2012
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Sous l’apparence d’une sculpture minimale, The Shape of Things To Come, l’abri anti-atomique (2010), objet opaque et clos sur lui-même, tout de noir laqué, se profile comme une menace à l’horizon de jours pas forcément meilleurs. Ses cylindres d’acier réalisés d’après des plans en libre accès sur internet en font une construction possiblement très commune et pourtant généralement dissimulée aux yeux de tous. Benoît-Marie Moriceau joue ainsi de l’ambiguïté propre à ce type d’habitacle — obligatoire dans certains pays et pourtant toujours chargé d’une dimension de secret — en l’exposant comme n’importe quel élément scupltural. Ce faisant, il donne corps à la paranoïa occidentale qui ne cesse de s’amplifier depuis les années soixante et esquisse une critique de l’humanité contemporaine et de sa shelter mania à travers cette coquille vide destinée à sauver des vies ou à abriter des serveurs de stockage de données informatiques.

Déjouant, quant à lui, les attentes « documentaires » que l’on peut avoir de la photographie, Edgar Martins entraîne l’œil du spectateur dans des paysages troublants, qui ressemblent à s’y méprendre à des peintures abstraites. Le réel s’y donne sous des airs de fiction, figurant une étrange géométrie. Il s’agit pourtant d’images non retouchées ; le décor si intriguant de When light casts no shadow (2008) est celui des pistes d’atterrissage d’un aéroport des Açores qui sont noires et se confondent avec le ciel nocturne. Ces lignes claires semblant flotter sur un fond noir indéterminé n’ont plus rien de commun avec ce que nous définissons classiquement comme l’essence de la photographie : un instant figé pour mémoire. À l’inverse, ici, nous quittons l’idée de chronologie pour basculer vers un hors-temps, une pure contemplation suspendue entre le voir et ressentir, le certain et le dubitable.

Lorsque les questions du cadrage et du paysage passent par le filtre de Nicolas Milhé, il en ressort un objet aux significations multiples. À la fois dispositif de vision et sculpture politique, Meurtrière (2012) traite, sous sa facture minimale, tant de la constitution du point de vue que du « décor politique », pour reprendre les mots de l’artiste. La violence affleure sous la lisséité du traitement de ce motif architectural que l’on croirait désuet et qui symbolise pourtant parfaitement les frontières et autres séparations symboliques mais si contemporaines.

Sculpture politique encore mais agrémentée d’une causticité bienvenue en ces temps de campagne électorale, Le retour à la nature (2011) évoque par le biais la grandiloquence des puissants en introduisant dans l’exposition une référence aux jardins de l’Elysée qui, bien avant les garden parties présidentielles, accueillaient les moutons de la Pompadour. La favorite de Louis XV se targuait en effet d’élever en sa demeure un troupeau d’ovins auxquels elle avait fait dorer les cornes cédant ainsi à la mode du retour à la nature et de l’intérêt pour l’Antiquité et ses mythes.

La métaphore animale est aussi filée par Briac Leprêtre dans la reproduction d’une orque carrossée comme un bolide, aussi lisse et luisante que sur les images qui la montrent invariablement sautant hors de l’eau. Entre cliché et trophée de chasse, seule sa tête émerge du sol, évocation finalement presque abstraite comme si, justement, l’on devait se contenter du cliché. Peut-être l’exposition est-elle aussi une sorte de spectacle aquatique dans lequel les œuvres font le show et tentent d’épater le visiteur, réduit au statut de touriste en quête de sensation, faisant de cette œuvre une allégorie tout à fait cynique du petit monde de l’art contemporain.

Collapse regroupe ainsi des œuvres singulières qui résistent au coup d’œil rapide et induisent la nécessité d’un temps d’appréhension propre à chacun ; prendre le temps de regarder étant finalement le premier geste politique à notre portée.

Aude Launay