Benoît-Marie Moriceau à la galerie

 

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L’hiver te demandera ce que tu as fait l’été

Exposition du 11 octobre au 30 novembre 2013
galerie melanieRio
34, boulevard Guist’hau, Nantes
Du mercredi au samedi de 15h à 19h
et sur rendez-vous

 

L’hiver te demandera ce que tu as fait l’été est la première exposition personnelle de Benoît-Marie Moriceau à la galerie mélanieRio. Elle est l’occasion pour l’artiste de poursuivre une démarche propre à l’installation qui intègre les spécificités du site à une réflexion sur les formes et les modalités d’apparition de l’art. Les logiques d’emboîtements et de confrontations auxquelles il procède, puisent dans l’histoire un ensemble de formes qu’il emprunte afin de faire apparaître une lecture décalée d’un lieu, remettant en jeu ses représentations historiques et idéologiques. Ses interventions, qui revendiquent un certain mode de spectacularisation, peuvent également être considérées sous un angle performatif, en ce sens qu’elles relèvent le plus souvent du geste.

L’hiver te demandera ce que tu as fait l’été poursuit ces principes autour d’une série de propositions, disséminées dans l’espace et le temps de l’exposition, qui composent entre elles, par un jeu de causalité, un récit global à l’échelle du lieu. Comme c’est souvent le cas, le point de départ du projet se situe dans l’observation attentive de l’espace, dont le relevé de détails a constitué un premier faisceau d’anecdotes ou d’ « évidences ». Les objets mis en scène et les actions visibles le soir du vernissage s’additionnent pour matérialiser un labyrinthe d’histoires imbriquées. Sous l’apparence feutrée de l’ordre et de la logique, les hasards et les contingences sont nombreux.

L’hôtel particulier qui accueille aujourd’hui la galerie melanieRio conserve, malgré sa récente réhabilitation, de nombreuses traces de son passé domestique, comme la proportion des pièces, la présence des moulures et des cheminées. Benoît-Marie Moriceau a isolé ces éléments pour mettre en récit la galerie. C’est donc en partant de ce contexte chargé et pourtant inaccessible, celui d’un aménagement qui a existé, mais dont on ne peut plus rien savoir, qu’a été réinventé, sur un mode fictif, le portrait d’un intérieur domestique. Ce portrait convoque implicitement les nouveaux occupants du lieu, à l’instar de cette photographie réalisée par Franck Gérard qui met en scène la galeriste posant à côté d’un chien de garde. La cheminée a été ramonée pour y faire du feu qui est alimenté pendant toute la durée de l’exposition, diffusant cette chaleur et cette odeur caractéristiques du temps où la cheminée était le lot commun des espaces habités. Un radiateur en fonte a été replacé à l’endroit exact où il était installé avant d’être retiré pour libérer de l’espace pour l’accrochage des œuvres. Sa présence insignifiante modifie peu les choses, si ce n’est en faisant surgir une configuration passée qui souligne les choix qui ont été opérés lors du changement d’affectation de l’hôtel particulier.

Dans le hall d’entrée, dissimulé derrière un miroir sans tain, un manteau de fourrure est suspendu à une patère. L’installation 1286 Bloor Street W, 1913-mettait en jeu de manière similaire le passé du lieu en partant de preuves tangibles et pourtant anecdotiques de son histoire. Benoît-Marie Moriceau avait alors mis en récit des objets chinés et récupérés tout autour du lieu d’exposition. Un chapeau, une boule de billard ou un citron étaient ainsi placés dans des espaces vitrés du centre d’art et surgissaient comme des images fantomatiques, réminiscences des usages successifs du bâtiment. Chez mélanieRio, le dispositif rend l’espace d’accueil inaccessible et prive ainsi le visiteur de ses repères habituels. À la place, l’artiste a invité l’équipe de la galerie à prendre en charge la médiation de l’exposition comme on ferait le tour du propriétaire. L’hiver te demandera ce que tu as fait l’été propose ainsi un double jeu permanent entre l’espace d’exposition et l’espace domestique qui renforce les tensions entre les deux imaginaires convoqués.

Le titre de l’exposition peut être entendu de plusieurs façons. S’il renvoie à la morale ambivalente de la fable bien connue2, il souligne aussi la dimension philosophique et existentielle du proverbe roumain qu’il emprunte. Sur le carton de l’exposition figure l’image d’un tas de bois dispersé de façon anarchique. L’arbre mort qui s’élevait encore l’été dernier dans le parc a en effet été abattu puis débité en morceaux. À défaut de piquets, les bûches ont été calées entre trois jeunes arbres plantés il y a quatre ans. Le tas de bois, qui sert à alimenter la cheminée, met ainsi en tension son double emploi, fonctionnel et sculptural. L’hiver te demandera ce que tu as fait l’été comporte enfin une dimension autobiographique que l’urgence du graffiti réalisé en guise d’annonce résume bien. L’artiste Blaise Parmentier a été invité à tagger la formule sur l’affiche de la précédente exposition, toujours en place sur la façade de la galerie. Une façon de plus pour Benoît-Marie Moriceau, d’éprouver la capacité d’un contexte, quel qu’il soit et en dépit de son inefficience, à alimenter la création et à stimuler de nouvelles propositions.

Joëlle Le Saux

 


1 : 1286 Bloor street west, 1913 -, 2012. Exposition Hapax Legomena, Mercer Union, Toronto. Commissaires : Yoann Gourmel et Elodie Royer

2 : L’histoire de La cigale et la fourmi, utilisée pour enseigner les vertus du travail et les dangers de l’imprévoyance est un thème récurrent chez les fabulistes depuis l’antiquité.

© Benoît-Marie Moriceau / Adagp – Photos : André Morin