Angélique Lecaille et Marion Verboom

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Cairn

Exposition du 12 avril au 18 mai 2013

 

Il apparaît quand les grands randonneurs n’ont plus de souffle. Aucun tas de pierre n’est plus rassurant ni abscons, tout comme l’acte participatif épris de symbolique – dopée par l’altitude – et toutefois parfaitement grégaire : poser un caillou là où d’autres l’on fait. Le sens est perdu, érodé par des siècles de vent ; la mémoire des batailles et des cérémonies funéraires qui ont eu lieu ici (ou peut-être à côté) a disparu. Pourtant le cairn est encore debout.

Balise Muette

Marqueur camouflé

Mémorial amnésique

Monument en équilibre Sédimentation manuelle

Montagne artificielle en matériau naturel

Œuvre collective entre un marcheur et des fantômes

Accélération du temps au virage d’une lente ascension

Sous la mine de plomb ou dans le plâtre adviennent ici d’autres contrées minérales. Avec une minutie extrême et une énergie bâtisseuse – qui ne saurait refléter leurs tempéraments respectifs – Angélique Lecaille et Marion Verboom manient les matériaux telluriques de leur art avec une rigueur et une sensualité qui nous feraient passer l’apocalypse pour un moment d’enthousiasme esthétique. Quand le sens sommeille entre les pierres, dans le vide d’air qui contient la mémoire du geste, le corps volatilisé, le mystère du passé et de l’avenir, le dessin s’exclame en réserve et la sculpture trouve sa puissance d’évocation dans le négatif. L’enregistrement de ces paysages millénaires par une technique sans âge, l’empreinte du corps et de la main de l’homme (ou plutôt de la femme) dans les fausses ruines et ces fossiles artificiels ont en commun cette dense absence et ce silence assourdissant des territoires hantés. Imaginons qu’elles aient la même provenance, ces œuvres seraient-elles les artefacts séduisants d’un monde disparu par excès d’ambition culturelle, dont ces objets contiennent les réminiscences en grisaille, de la peinture de paysage au chapiteau corinthien ?

N’allez pas chercher si loin ; ces œuvres viennent d’ici-bas et la réalité a depuis longtemps disparu derrière son simulacre – c’est de l’histoire ancienne –. Les ruines du modernisme, quant à elles, sont déjà balayées. A ce stade, l’œuvre de Marion Verboom et celle d’Angélique Lecaille nous épargnent, comme trop rarement, d’une nostalgie galante (qu’elles préfèrent ironiser!) et d’un conceptualisme endeuillé, pour se retrousser les manches, travailler le médium, sans reproche ni peur du beau ou du décoratif ! La Création revigorée par le travail dans l’atelier fait naître des mondes et des êtres littéralement extraits du dessin (les formes de Verboom de ses utopies d’urbanisme, les pierres de collection magnétiques de Lecaille de ses montagnes à la mine de plomb). Ces objets-créatures, organismes-constructions, auxquels Marion Verboom donne leur autonomie en les dotant de charnières, colonisent déjà l’espace d’exposition, y instaurent leur règne temporaire.

Julie Portier

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